Qu’est-ce que le chouchen ? Cet alcool breton si délicieux…

Le chouchen est un alcool traditionnel breton, obtenu à partir de la fermentation du miel dans du jus de pomme ou du cidre, ainsi que de l’eau. Autrefois le miel utilisé était traditionnellement un miel de sarrasin. C’est cette plante très courante en Bretagne qui lui donnait une couleur foncée et un goût particulier.

Pour faire simple (même si c’est un abus de langage), le chouchen est la version bretonne de l’hydromel que l’on retrouve dans de nombreuses cultures.

Le Chouchen ce n’est pas de l’hydromel ! (et vice-versa)

On qualifie bien souvent le chouchen d’« hydromel breton», ce n’est pas tout à fait faux, mais ce n’est pas entièrement vrai non plus. Je fais moi aussi ce raccourci pour donner une explication rapide, mais profitons de cet article pour clarifier les choses.

Les deux boissons sont toutes les deux obtenues à partir de la fermentation du miel, mais elles sont différentes pour deux raisons en plus du type de miel utilisé :

  • L’origine Géographique : Même s’il n’y a (malheureusement) pas d’appellation géographique protégée, le chouchen est un produit breton. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire du premier vin rouge venu qu’il s’agit d’un Bordeaux car après tout c’est du vin… C’est la même chose dans notre cas de figure. Au même titre que le Chufere, le Chupitig, le Chamillard et bien d’autres, le chouchen est donc un alcool qui ne peut être produit qu’en Bretagne.
  • Le mode de production : Les techniques ont évolué au fil du temps, mais le chouchen se différencie donc de l’hydromel par son utilisation de jus de pomme, moût de pomme, ou bien encore de cidre. Pour du chouchen, ce sont donc les levures des pommes qui font le travail de fermentation, alors que pour de l’hydromel ce sont les levures du miel.

Ce qu’on disait du chouchen

Les liqueurs bretonnes au miel dans la revue des traditions populaires.
Les liqueurs bretonnes au miel dans la revue des traditions populaires.

Dans la revue des traditions populaires (Année 1904, Tome 19, numéro 1), toute une page nous parle des liqueurs bretonnes à base de miel.

« Autrefois chaque ferme possédait son rucher […] L’hydromel, dourvel, souchen, ou chupéré, se consommait sur place. Pas de noce, de grande journée de travaux, sans hydromel. Bien fermenté, il mettait la force aux bras des travailleurs, un bouquet de rose aux joues des jeunes filles. […] Et quand l’ivresse avait couché, épars sous les pommiers, tout le monde, un sommeil réparateur de deux heures les mettait tous dispos, prêts à recommencer la fête ou le travail. »

Le pourcentage d’alcool du chouchen était autrefois un peu plus élevé qu’aujourd’hui. Il tournait entre 14° et 17°, de nos jours les chouchen se situent le plus souvent entre 12° et 15°.

Le Chouchen donne des courbatures pendant 1 semaine

Le chouchen fait-il perdre la tête ?Cet article précédent nous parle aussi d’une mauvaise réputation du chouchen, celui des effets indésirables après en avoir trop consommé.

« La liqueur traîtresse exerçait encore ses effets, durant près d’une semaine, par une courbature générale et des maux de tête intenses. »

L’explication fait froid dans le dos :

« Quelquefois, la boisson était falsifiée par l’addition de l’eau qui avait servi à l’ébullition de la cire. Cela se faisait quand on voulait donner à une fête un souvenir durable : trois jours de noce et tous les convives saouls ! C’était l’idéal. »

Heureusement notre vision d’une fête idéale a changé, et plus aucun producteur de chouchen ne songerait à falsifier ainsi sa boisson.

Le Chouchen fait perdre la tête

Une ancienne ruche utilisée pour le miel de chouchen.
Une ancienne ruche utilisée pour le miel de chouchen.

En plus de ces effets indésirables, le chouchen avait la réputation de faire perdre la tête aux buveurs. Encore une fois ce n’est plus le cas de nos jours grâce à l’évolution des ruches.

Pourquoi les ruches ? Parce qu’auparavant, les abeilles étaient élevées dans ces ruches « paniers » comme vous pouvez le voir sur la photo de gauche. Ces anciennes ruches ne permettaient pas de récolter le miel sans tuer toute la colonie. Cette technique était appellée l’étouffage, car on étouffait la colonie à l’aide de la combustion de mèches soufrées introduites dans les ruches.

On pressait ensuite toute la colonie pour récupérer le miel. Ceci explique qu’on retrouvait donc dans le miel des restes de cire, des abeilles mortes, et du venin d’abeille. C’est le venin d’abeille, qui attaque le cervelet (organe servant à garder l’équilibre), et faisait ainsi perdre le tête à certains buveurs.

Les nouvelles ruches permettant de collecter facilement le miel, cette pratique est devenu obsolète et a été interdite en 1942.

Le Chouchen n’est (presque) pas du Chufere

Le Chufere.Lorsque le chouchen est réalisé en faisant fermenter du miel dans du cidre (et non pas du jus de pomme), on l’appelle alors « chufere ». Pour être incollable sur le chufere, je vous encourage à allez lire l’article Quelle est la différence avec le Chufere ?

Mais attention, comme souvent en Bretagne et en langue bretonne, on a pu selon les époques et les lieux appeler un breuvage d’un certain nom (Chufere en Trégor par exemple), sachant que ce nom était utilisé ailleurs en Bretagne pour un autre breuvage qui n’existait pas en Trégor.

Que signifie « chouchen » en breton ?

Beaucoup de gens se demandent ce que veut dire « chouchen » en breton. Certains s’immaginent une traduction du style « boisson des dieux », « miel druidique », ou que sais je encore, mais la réponse n’est pourtant pas celle qu’ils attendent.

Autrefois, c’était un peu le bordel en Bretagne dans les liqueurs à base de miel (pardonnez moi l’expression). Il y avait plusieurs noms différents, et ce qu’on appelait Chufere à un endroit pouvait être appelé Dourvel à un autre, ou encore Chupitig, et on retrouvait parfois sous le même noms des versions différentes de ces liqueurs de miel. Voici les différents noms que l’on trouvait pour ces liqueurs plus ou moins proches :

  • Mez (« Breuvage fait d’eau et de miel » d’après le dictionnaire Catholicon en 1499 )
  • Dourvel (« Hydromel« , mot à mot « Eau de miel » en breton, d’après le dictionnaire du  Père Grégoire de Rostrenen en 1732 )
  • Chufere, Chupere, Chipere, Chifere (provient de « chug ferv » signifiant « jus féroce » en breton, se boît avec des crêpes de froment d’après le supplément au dictionnaire d’Emile Ernaut en 1879)
  • Souchen (« Hydromel », on retrouve ce mot en 1895 dans le journal de l’Union agricole et Maritime, et après cela dans la revue des traditions populaires en 1904).
L'origine du mot chouchen en Bretagne.
L’origine du mot chouchen en Bretagne.

L’ancêtre du mot chouchen apparaît ainsi en 1895 dans le journal de l’Union agricole et Maritime, orthographié « Souchen ». Le journal nous apprend que le nom était donné à Rosporden par le négociant Le Moal à sa liqueur de miel censé combattre la grippe (nommée Influenza à l’époque).

On ne sait par contre pas si ce nom était sa pure invention, ou la première trace écrite d’une appellation locale du pays de Rosporden, mais ce nom n’a aucune signification connue en breton.

Le mot « Chouchen » était une marque

Bref, pour se différencier, les négociants ont donc visiblement commencé à utiliser leurs propres appellations. L’un deux a été plus malin que les autres, puisqu’en 1920 il a déposé officiellement la marque « Chouchen ». Il s’agissait de Joseph Postic, qui était alors négociant et qui devint par la suite maire de Rosporden.

Le nom « Chouchen » a rapidement gagné en popularité dans toute la Bretagne, si bien qu’au milieu du XXème siècle on le retrouve dans toutes les publicités et journaux. Le Chouchen vient donc s’ajouter à la liste des marques comme Sopalin ou Frigo qui sont tellements connues qu’elles supplantent le nom du produit.

Conclusion

Le chouchen a connu un véritable essort au milieu du XXème siècle, mais il a eu ensuite tendance à être supplanté par le cidre et les bières à la fin du même siècle.

Aujourd’hui le chouchen reste une boisson traditionnelle de qualité, produite par de nombreux apiculteurs et artisans qui ont à coeur de faire un bon produit. Il existe également des Chouchen ou Hydromel un peu plus industriels, mais qui sont malgré tout de bonne qualité.

Le Chouchen, comme le cidre, reste la marque d’une culture et d’une spécificité bretonne qui ne se standardise toujours pas sur les habitudes de consommation françaises.

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